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Aventure australe: Les îles Kerguelen

Découvert en 1772 par le navigateur Yves-Joseph de Kerguelen de Trémarec, l’archipel des Kerguelen compte parmi les territoires les plus isolés du globe. En raison des conditions météorologiques difficiles et en particulier du vent, la voie maritime est le seul moyen de transport pour y accéder.

Cet archipel, surnommé «île de la désolation», ne possède pas de population permanente et est maintenant uniquement voué à la recherche scientifique. Depuis 1950, une station a été créée à Port-aux-Français – « PAF » pour les intimes – afin d’accueillir le personnel travaillant plusieurs mois sur ce territoire austral.

Archipel des Kerguelen
L’archipel des Kerguelen, situé entre les 40e rugissants et les 50e hurlants dans l’océan Austral, se caractérise par des vents forts et une température moyenne annuelle d’environ 5°C. Le vent, qui souffle en continu à 35km/h et qui peut fréquemment atteindre des pointes à 150km/h, empêche tout espoir de rejoindre ces îles uniquement par voie aérienne.

On y retrouve essentiellement des scientifiques, qui peuvent effectuer leurs recherches dans de très bonnes conditions grâce à la logistique offerte par l’Institut polaire français (IPEV) et à la présence de militaires et de quelques contractuels qui assurent différents postes essentiels au bon fonctionnement de la base. L’Armée de l’air est par exemple en charge des communications, l’Armée de terre des infrastructures et la Marine nationale de l’électricité et de la navigation. Un dérivé du service militaire, le volontariat civil à l’aide technique (VCAT), permet chaque année à de jeunes français de vivre une expérience exceptionnelle dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). C’est dans ce contexte que j’ai été recruté pour le poste de chargé de l’environnement entre novembre 2007 et avril 2009. L’objectif de ce volontariat était principalement de s’assurer des bonnes pratiques environnementales des gens sur la base (tris des déchets, distances d’approche et dérangement des animaux), de lutter contre les espèces introduites (mouflons en particulier) et de représenter le service environnement des TAAF qui siège à l’île de La Réunion.

La base de Port-aux-Français accueille le personnel qui débarque en hélicoptère après avoir voyagé sur le Marion Dufresne. Chaque personne y possède une chambre attitrée pour la durée de son séjour. C’est ici aussi que les scientifiques reviennent une fois leurs manips terminées afin de pouvoir retrouver le bonheur d’une douche ! En hiver, d’avril à septembre, la mission comprend une cinquantaine de personnes.

Ces îles subantarctiques abritent une faune et une flore exceptionnelle que l’on ne rencontre qu’à peu d’endroits. Les scientifiques possèdent ainsi un véritable laboratoire à ciel ouvert pour leurs études, aussi bien sur la faune et la flore que sur les changements climatiques.

Ainsi, les Kerguelen sont connues pour leurs populations d’oiseaux parmi lesquels on retrouve les emblématiques albatros et manchots.

La manchotière de Ratmanoff, avec ses 100 000 couples de Manchots royaux, fait partie des sites incontournables de l’archipel. Cette colonie est particulièrement bien suivie par les scientifiques, étant relativement facile d’accès (entre 6 et 8 heures de marche depuis la base) et disposant d’une cabane permettant d’accueillir une équipe de 6 personnes. Certains scientifiques qui viennent aux Kerguelen durant les quelques mois de l’été austral y passent d’ailleurs toutes leurs semaines, ne rentrant que rarement à la base afin de maximiser leur récolte de données.

Manchots royaux - Photo Maxime Aubert
Manchots royaux - Photo Maxime Aubert

Quatre espèces de manchots sont facilement observables aux Kerguelen: le Manchot royal, le Manchot papou, le Gorfou sauteur et le Gorfou doré. Le Manchot empereur, bien connu de tous, se rencontre uniquement sur le continent Antarctique.

Gorfous sauteurs - Photo Maxime Aubert
Les gorfous se reconnaissent à leurs aigrettes jaunes qui forment un grand sourcil. Ils font partie de la famille des manchots. Le Gorfou sauteur apprécie les éboulis pierreux, dans lesquels on peut fréquemment l’observer. - Photo Maxime Aubert

Les Albatros hurleurs qui peuplent la grande péninsule à l’est de Kerguelen sont également suivis par des ornithologues. Les individus sont marqués et pesés pour des projets de suivi de populations. Les oiseaux sont essentiellement bagués sur le nid lors du tour de la péninsule Courbet. Cette «manip », comme on dit là-bas, consiste à marcher une trentaine de kilomètres par jour pendant près d’une semaine en comptant les éléphants de mer sur les plages et en baguant les albatros au nid. Chaque soir nous dormions dans une cabane différente afin de faire une boucle et revenir à notre point de départ, la base de Port-aux-Français.

Éléphant de mer - Photo Maxime Aubert
Le mâle éléphant de mer, qui se reconnait à sa trompe caractéristique, est communément appelé «pacha» car il possède un harem composé de plusieurs femelles. Un gros pacha peut peser plusieurs tonnes, autant dire qu’il vaut mieux éviter de se trouver sur son chemin lorsqu’il se déplace ! - Photo Maxime Aubert

Un autre site d’importance pour les ornithologues est la colonie du site de Sourcils Noirs, qui accueille les albatros du même nom. Ces oiseaux font également l’objet d’un suivi à long terme, auquel j’ai eu la chance de participer en me joignant aux ornithos pour les assister dans leur travail de suivi. On y accède après quelques heures de bateau à bord de L’Aventure II. Ce chaland permet de se déplacer dans l’ensemble du golfe du Morbihan.

Albatros à sourcils noirs - Photo Maxime Aubert
L’Albatros à sourcils noirs fait partie des oiseaux qui nous offrent des spectacles de voltige spectaculaires depuis le Marion Dufresne. Le site d’étude portant leur nom est composé de falaises pentues facilitant le décollage des oiseaux, mais la prudence est de mise pour les ornithologues qui doivent se faufiler entre les nids ! - Photo Maxime Aubert
Chaland Aventure II - Photo Maxime Aubert
L’Aventure II est le chaland qui permet d’accéder aux petites îles situées dans le golfe du Morbihan. Ce bateau à fond plat mené par deux militaires de la Marine nationale dépose les scientifiques avec leur matériel sur les îles du golfe. Une fois sur place, les scientifiques passeront plusieurs jours sur le terrain, loin de la base, pour effecteur leur travail. Une vacation radio depuis leur cabane est obligatoire chaque jour afin de s’assurer de la sécurité du personnel et de lui fournir les prévisions météorologiques pour les jours suivants. - Photo Maxime Aubert

Les oiseaux marins ont pris possession de cette île où aucun prédateur terrestre ne pouvait les attaquer, du moins avant que l’Homme n’y introduise le Chat domestique. Les chats continuent aujourd’hui d’y survivre et constituent une menace majeure en se nourrissant des pétrels facilement accessibles au fond de leurs terriers. Derrière ce petit paradis se cache en effet le problème des espèces introduites par l’Homme (rats, chats, souris, lapins, pissenlits, rennes…), qui affectent la conservation de ces territoires fragiles. C’est également dans le but d’enrayer la propagation de ces espèces que l’archipel a été classé en réserve naturelle en 2006. La réserve naturelle nationale des Terres australes et françaises est la plus grande réserve naturelle de France car elle regroupe les districts des îles de Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam.

Le vent qui souffle en permanence sur cet archipel a contraint la végétation à s’adapter à ces conditions difficiles. Ainsi, on ne retrouve aucun arbre sur ces territoires. Les deux espèces végétales les plus connues sont le Chou de Kerguelen et l’azorelle qui forme des coussins sur le sol. À l’inverse des ornithos qui étudient la faune, les « écobios », qui travaillent pour le programme d’éco-biologie, étudient l’évolution des formations végétales, en parcourant les petites îles du golfe du Morbihan.

C’est sur ces îles isolées qu’une cinquantaine de personnes passe une année à vivre en communauté, coupée du monde et ravitaillée quatre fois l’an par un navire : le Marion Dufresne. Chaque année une nouvelle mission vient remplacer la précédente afin d’éviter au personnel un trop long séjour, certainement dans le but de faciliter la réadaptation lors du retour à la réalité…

 

Références :

http://www.institut-polaire.fr/language/fr/

http://www.taaf.fr/


Article publié dans le Bio-Nouvelles Volume 45, numéro 2 de avril, mai et juin 2017