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La moitié des oiseaux du Costa Rica en 15 jours !

 

L’occasion de participer à un tel voyage s’est présentée à l’automne 2013. D’autres occasions s’étaient présentées auparavant, mais à un moment où je n’étais pas encore tout à fait «mûr » ou alors que mes finances ne me le permettaient pas. L’offre qui m’était faite cette fois-ci provenait de Serge Beaudette. Son prochain départ pour le Costa Rica était imminent et quelques places restaient à combler. «Une occasion à ne pas manquer ! », clamait le message diffusé sur le forum Ornitho-Qc. J’ai saisi ma chance, et ne l’ai pas regretté !

Serge dans son organisation joue le rôle de « tour-opérateur»: il veille à tout planifier à partir d’ici, puis accompagne le groupe tout au long du périple. Le rôle de guide proprement dit revient à Jean Jacques Gozard, un Français établi au Costa Rica. J’avais beaucoup entendu parler de Jean Jacques, mais ne l’avais encore jamais rencontré. Dégaine de baroudeur, bon vivant et raconteur coloré ; j’ai senti d’emblée que nous allions bien nous entendre ! Jean Jacques est celui qui concocte l’itinéraire et qui s’occupe de la logistique au quotidien. Rien n’est laissé au hasard – il déteste ça– et toutes les promesses sont tenues. Évidemment Jean Jacques est passé maître dans l’art de dénicher les oiseaux. Mais ce qui ne gâche rien – et qui n’était pas annoncé : Serge connaît presque aussi bien les oiseaux du Costa Rica. Il faut donc se montrer très habile pour trouver ou identifier un oiseau avant eux. Ça m’est arrivé… à quelques rares occasions. Mais trêve de présentations et entrons dans le vif du sujet !

1er décembre 2013. Jour 1 d’un voyage qui en comptera quinze. Notre périple commence doucement, mais sûrement. Par égard pour les plus novices du groupe, on évite de nous immerger d’un coup dans la biodiversité. Ainsi commence-t-on par nous exposer aux oiseaux les plus communs.

Pour notre première nuit au Costa Rica, nous logeons dans un petit hôtel niché sur les hauteurs d’Alajuela, la petite localité où se trouve l’aéroport qui dessert la capitale. Nous y arrivons en toute fin d’après-midi et n’y demeurerons que jusqu’au lendemain matin. Au programme : prise de possession des chambres, séance d’observation dans les jardins, souper, coucher, lever, autre séance d’observation, petit-déjeuner et départ vers notre destination suivante.

La première séance d’observation de tout le voyage est consacrée aux « oiseaux-bières », surnom donné par nos guides aux six ou sept espèces les plus communes du pays. Pourquoi ? Parce qu’au terme des premières 48h de notre séjour, ils s’attendent à ce que nous soyons en mesure de reconnaître ces espèces du premier coup d’oeil. Passé ce délai, si par malheur quelqu’un demande à Jean Jacques (ou à Serge) de lui identifier un Merle fauve, par exemple, eh bien c’est tant pis pour lui : il devra payer une bière au guide ! D’où l’expression « oiseau-bière». La pédagogie à son meilleur !

Notre court séjour à l’hôtel Buena Vista, en plus de me permettre de renouer avec des oiseaux connus (tous les « oiseaux-bières » figuraient déjà sur ma liste), est l’occasion pour moi de faire mes quatre premières «coches » du voyage : Élénie à ventre jaune (un tyranidé), Martinet de Vaux (mon troisième martinet à vie seulement), Hirondelle bleu et blanc et Bruant chingolo. Et déjà, je commence à rater des espèces. Mais je dois me faire à l’idée : malgré mes efforts, je vais en manquer quelques-unes à chaque jour. Il faut ici préciser que je ne coche une espèce qu’après l’avoir raisonnablement bien vue. Ce qui exclut les observations trop lointaines, trop brèves, ou tout ce qui peut faire en sorte que je ne considère pas avoir vu l’oiseau « à mon goût».

Le petit-déjeuner avalé, on charge les bagages sur le toit du bus et cap vers le nord, à 30 km, pour quelques heures d’observations intensives aux La Paz Waterfall Gardens. On peut loger à cet endroit, moyennant un déboursé conséquent, mais Jean- Jacques et Serge ont jugé qu’on tirerait le meilleur parti du site en n’y consacrant qu’une demi-journée.

Cabezón de Frantzius - Photo Serge BeaudetteCe sont en tout 15 nouvelles espèces que je récolte à l’issue de ces quelques heures sur place. Bien en évidence aux mangeoires, le Calliste safran nous accueille et donne le ton à la visite : elle sera haute en couleurs ! De fait, quelques mètres plus loin, les abreuvoirs à colibris sont le théâtre d’un ballet incessant. Ils accueillent en partie des espèces que j’avais déjà observées, et en partie des espèces que je voyais pour la première fois. De quoi se pâmer ! Et que dire de ces trois Cabézons de Frantzius, observés à la distance minimale de mise au point de nos jumelles ? Une espèce à ne pas manquer était le Tohi masqué. Nous avions observé plus tôt dans la matinée le Tohi à cuisses jaunes et le Tohi à nuque brune ; il nous en manquait un pour compléter la liste. Le dîner terminé, Jean Jacques, le soussigné et quelques autres maniaques entreprennent de débusquer la bête. Le tohi n’a de cesse de se faire entendre, mais de se dérober également. Juste au moment où nous étions sur le point de renoncer, faute de temps, le voilà qui se montre enfin ! C’était, nous nous apprêtions à l’apprendre, la manière compliquée de le voir... La manière facile consistait simplement à étirer un peu le dîner. Car tandis que nous sillonnions les sentiers en tous sens à la recherche du fameux tohi, un oiseau de la même espèce picorait les miettes sur le parquet du restaurant... Et nos insolents camarades de pavoiser en exhibant leurs photos ! C’est à regret que nous quittons ce site exceptionnel, mais l’horaire est chargé.

Nous sommes attendus pour la nuit au Ara Ambigua Lodge, à 50 km au nord-est. En route nous effectuons quelques arrêts stratégiques, qui me valent d’ajouter une demi-douzaine d’espèces supplémentaires à ma liste, dont trois que je voulais observer depuis longtemps : la Paruline à joues noires (une très proche parente de notre Paruline à collier), le Cassique de Montezuma (un très gros ictéridé à la tête complètement invraisemblable) et le Macagua rieur (qui s’était littéralement moqué de moi au Mexique).

Le Ara Ambigua tire son nom d’une spécialité locale : l’Ara de Buffon, qui en espagnol se dit Ara ambigua. Ce sera, de fait, la toute première espèce que je cocherai le lendemain, à l’occasion d’une petite promenade matinale en solitaire. Une volée de ces gigantesques perroquets me passera en effet juste au-dessus de la tête. Ce matin-là, Serge et Mylène, qui partagent la chambre contiguë à la mienne, se sont levés une heure trop tôt, faute d’avoir réglé leurs horloges pour tenir compte du décalage. À travers la cloison, je les entends se préparer fébrilement, alors que mon réveil n’a même pas encore sonné. Eux de leur côté s’étonnent que j’aie programmé mon alarme si tard... Attablée toute seule, dans l’obscurité, bien avant que la cuisinière n’ait débuté son quart de travail, Mylène a bien fini par comprendre que Serge et elle vivaient sur un autre fuseau! Pendant ce temps, j’ajoutais à ma liste l’Araçari à collier (un petit toucan orange et noir) et l’Ibis vert.

Pic roux - Photo Serge BeaudetteÀ mon arrivée dans la salle à manger (à la bonne heure), c’est un groupe de convives en émoi qui m’accueille : « le Pic roux était dans la mangeoire à fruits y’a deux minutes », s’exclame un Serge tout énervé, « on a jamais vu ça ! » Heureusement pour moi, le pic était demeuré dans les parages ; il s’était juste déplacé un peu plus loin. Puis un regard aux fameuses mangeoires me fait ajouter une espèce relativement commune sous les tropiques, mais que mes précédents voyages ne m’avaient pas permis de voir : le Tangara émeraude, connu autrefois sous le nom de Guitguit émeraude.

La visite prévue pour ce matin du 3 décembre nous transporte à la station biologique LaSelva. L’endroit accueille des observateurs comme nous, mais également des chercheurs de partout dans le monde. Deux guides à l’emploi de la station se joignent à Serge et Jean Jacques pour nous faire découvrir les oiseaux. En quelques heures, j’ajouterai autant d’espèces à ma liste à vie que j’en ai ajoutées au Québec au cours des dix dernières années ! Mon coup de cœur de la matinée va au Sarcoramphe roi, un proche parent des urubus et des condors. Cet oiseau m’avait frappé par l’incroyable laideur de sa tête, dénudée et affublée de toutes sortes d’excroissances, quand, enfant, je l’avais découvert dans les livres. À l’époque on appelait cet oiseau le «Vautour pape».

De retour à notre lodge, nous consacrons les premières heures de l’après-midi à un peu de « thermorégulation », autrement dit à patauger dans la piscine mise à notre disposition. J’ai bien apprécié que ce voyage nous donne ainsi quartier libre, quelques heures presque à chaque jour. C’est donc dûment rafraîchi que je me joins au groupe pour une petite excursion de fin de journée, le long d’un chemin peu fréquenté, en milieu semi-ouvert. J’observe à cette occasion mon premier Toucan à carène. Il s’agit seulement de ma deuxième espèce de toucan proprement dit (j’avais observé le Toucan tocard lors de mes deux précédents séjours au Costa Rica). C’est pendant cette promenade que je me rends compte que je devrais peut-être commencer à apporter ma lunette, puisqu’elle m’aurait permis de mieux détailler plusieurs oiseaux, à commencer par le toucan.

Colibri jacobin - Photo Serge BeaudetteNous dormons cette nuit encore au Ara Ambigua. Nous y logerons en fait trois soirs en tout. Le 4 au matin nous partons tôt pour une destination toute proche : un tout petit parc nommé Costa Rica Nature Pavilion. Tout l’intérêt du site repose sur les trois postes d’alimentation qui y sont installés. Il n’en faut pas plus pour occuper 16 observateurs d’oiseaux – dont plusieurs photographes compulsifs – pendant une bonne partie de l’avant-midi. Je coche personnellement quatre espèces de colibris, soit quatre fois plus que le Québec n’en compte (si on excepte les égarés). J’ai notamment enfin l’occasion de contempler le fameux Colibri jacobin, l’un de ceux qu’il me tardait le plus d’observer. Nous complétons la matinée par une petite virée non loin, le long du río Saripiquí, où de nouvelles espèces nous attendent.

Un peu après le dîner, Jean Jacques évoque la possibilité que nous puissions nous rendre visiter un site qui accueille la Chouette à lunettes. Sauf que l’affaire s’annonce délicate... Autrefois Serge et Jean Jacques faisaient dormir le groupe à cet endroit, mais plus maintenant. Il y avait donc fort à craindre qu’on leur en tienne rigueur... Mais bientôt Jean Jacques reparaît devant nous, porteur d’une bonne nouvelle : la patronne est à l’étranger et le personnel qui veille sur les installations ne voit pas d’objection à nous accueillir, pourvu que nous prenions sur place quelques consommations.

Aller prendre une bière ? Cocher par le fait même une superbe espèce de strigidé ? Le bus se remplit le temps de le dire ! Et c’est tout aussi rapidement, une fois parvenus à destination, que nos guides repèrent deux magnifiques Chouettes à lunettes. Les photographes entrent alors dans une sorte de transe. Les observateurs jubilent également, mais sont bientôt tirés de leur extase par l’envie de voir d’autres oiseaux. Serge reste avec les chasseurs d’images tandis que Jean Jacques s’éloigne avec l’autre moitié du groupe. L’espèce recherchée à ce moment est le Troglodyte à gorge noire. Jean Jacques nous met en garde : l’oiseau réagira à la repasse de son chant, mais retournera presque aussitôt se réfugier dans les fourrés, d’où il ne sera probablement plus possible de le faire ressortir par la suite. Évidemment le troglodyte a tenu à faire mentir le guide... Car dès que Jean Jacques enfonce la touche «play » de son iPod, l’oiseau sort des buissons et vient atterrir à quelques mètres devant nos yeux, complètement à découvert ! Quand Serge rapplique enfin avec les photographes, Jean Jacques lui fait part de la chance inouïe dont nous avons profité. Selon lui, impossible que le troglodyte se montre deux fois de suite aussi coopératif. Jean Jacques essaie néanmoins de le rappeler. Et que se passe-t-il ? Il se montre à nouveau, et aussi bien ! Et tout le monde est content !

Nous retraitons bientôt vers les bâtiments. Il est temps maintenant d’attendre la sortie de l’Engoulevent à queue courte, une autre spécialité du Gavilán Lodge (pour ne pas le nommer). Un vaste espace gazonné offre une vue suffisamment dégagée sur le ciel pour nous assurer de voir l’engoulevent passer lorsqu’il se mettra en chasse à l’approche du crépuscule. Ce qui survient exactement comme prévu. Ne restait plus alors qu’à prendre notre bière ! J’étais sur le point de m’attabler avec les autres quand je sens quelque chose bouger sur mon épaule : une mante religieuse ! Moi qui n’avais jamais été foutu d’en observer une au Québec (ni ailleurs), c’est ici que je coche finalement ma première !

Le lendemain 5 décembre, je me lève avant l’aube pour profiter une dernière fois des abords du Ara Ambigua. La veille, des participantes avaient observé un Râle de Cayenne tout près des chalets, et j’étais bien résolu à le voir à mon tour. J’aperçois d’autres lève-tôt, et au moment de les rejoindre, deux de ces grands râles passent juste devant nous et se laissent admirer à volonté. À quelques mètres de là, on remarque la tête d’un caïman qui émerge de l’eau! Après toutes ces émotions, il était temps de passer à table.

Après le petit-déjeuner, nous entamons la route qui nous fera faire 150 km en direction de l’ouest. Destination : les bords du lac Arenal, au pied du célèbre volcan du même nom. En chemin, nous nous arrêtons en bordure d’un champ, juste à côté d’une sorte de bâtiment commercial. Une espèce importante, dont on nous réserve la surprise, est à voir ici. Mais dès que Jean Jacques fait retentir le chant de l’oiseau, je devine ce dont il s’agit : le Moqueur des savanes. Le son évoque en effet celui du Moqueur polyglotte. D’abord réticent à se montrer, l’oiseau consent enfin à se laisser voir et tous peuvent finalement l’ajouter à leurs lis- tes. Je suis content, mais une fois de plus je regrette de ne pas avoir apporté ma lunette, dont le trépied, toujours démonté et emballé, voyage avec le reste des bagages sur le toit du bus.

Nous sommes attendus pour souper à l’hôtel Linda Vista. L’endroit porte bien son nom puisqu’il offre effectivement une vue imprenable : sur le lac et le volcan Arenal. Dommage seulement que ce dernier ne rougeoyait pas au moment de notre passage (il s’est éteint trois ans plus tôt) et que son sommet soit demeuré constamment caché par les nuages... Nous ne ferons du reste que passer la nuit à cet endroit.

Avec les observations faites sur le chemin d’accès en fin d’après- midi le 5 décembre, et ce que nous découvrirons pendant une courte virée matinale le lendemain, j’ajoute six nouvelles espèces à ma liste de nouveautés. Sur le nombre, deux espèces de dacnis et une espèce de guit-guit, de petits oiseaux bleus de la famille des tangaras ; belle récolte ! J’observe également la Paruline des bambous, un quasi-sosie de notre Paruline masquée, qui fréquente un l’habitat analogue mais dont le chant est complètement différent.

En route vers le lodge suivant, nous nous arrêtons pour remettre de l’essence dans le bus. Serge en profite pour se rendre à la salle de bain. Jean Jacques s’absente également, dans son cas pour refaire provision de cigarettes...

Voici donc les participants laissés à eux-mêmes sur le bord de la route. Que peuvent-ils bien faire en attendant le retour de leurs guides ? Oh, rien de bien particulier... Seulement mettre à profit ces deux ou trois minutes pour trouver une nouvelle espèce pour le voyage ; une espèce sur laquelle nous n’aurions normalement pu que fantasmer. C’est ce que France a réussi comme exploit, en repérant en plein ciel rien de moins qu’un jabiru ! L’immense oiseau (2,6 m d’envergure) est demeuré visible pendant de longues secondes, mais pas assez longtemps pour que Serge ait le temps de rappliquer. Je décide donc de lui jouer un tour avec la complicité des autres... Je cours à sa rencontre pour lui annoncer qu’on croit bien avoir vu un tantale (le petit cousin, beaucoup plus commun, du jabiru), mais que nous ne sommes pas certains de l’avoir bien identifié. Je lui demande donc de nous donner son avis en examinant la photo prise par Louise. Disons qu’il n’était pas préparé à voir apparaître l’image d’un jabiru et que ça l’a rendu «expressif ».

J’en profite pour mentionner que Serge n’a rien du type blasé. Son émerveillement est permanent et communicatif. Et quand il ajoute une nouvelle espèce à sa propre liste (ça lui est arrivé à sept reprises pendant le voyage), il ne déroge jamais à la tradition qui consiste alors à se rouler par terre. Dans mon propre cas, comme les additions se succèdent à un rythme soutenu (malgré mes trois précédents voyages sous les tropiques), j’ai convenu d’attendre d’avoir atteint la marque symbolique des 100 lifers avant de m’exécuter. Je passerais autrement mon temps couché par terre !

La destination qui nous attend ensuite m’intéresse particulièrement. Les installations promettent en effet d’être vraiment spectaculaires sur le plan du design. Vérification faite, je puis attester que le Celeste Mountain Lodge est aussi beau en vrai que sur Internet ! Joël, le propriétaire, a créé un lieu véritablement magnifique, écologiquement très respectueux et qui accueille en outre une multitude d’espèces d’oiseaux.

Juste au bord du bâtiment se trouve un massif de hautes herbes reconnu pour abriter le Râle à menton blanc. Jean Jacques profite que tous les participants sont réunis (apparemment) pour l’appeler. Comme par magie, le petit oiseau sort de sa cachette et se dévoile au grand jour ; pour le plus grand bonheur de tous, Serge exclu. Le râle aurait pourtant été une coche pour lui. Mais Serge s’était attardé ailleurs. Fort heureusement, il aura l’occasion de se reprendre le lendemain.

Le groupe enfin réuni, nous partons pour une petite randonnée le long du chemin conduisant au parc national du volcan Tenorio. Cette fois, j’ai ma lunette. Je l’apporterai désormais presque systématiquement.

Rainette aux yeux rouges - Photo Serge BeaudetteÀ peine avons-nous parcouru quelques centaines de mètres que nous tombons sur un superbe rapace. Il était prévu que nous puissions le voir, mais avec beaucoup de chance. Il s’agit de l’Aigle orné, une version réduite, mais guère moins impressionnante, de la légendaire Harpie féroce. Notre aigle a capturé un écureuil et s’affaire à le dévorer. À défaut de pouvoir l’observer bien à découvert, nous pouvons l’examiner longtemps et dans la lunette.

Depuis le début du voyage, plusieurs suivent avec intérêt la progression de ma liste. Selon que je les aie déjà vus, ou non, les oiseaux rencontrés sont jugés plus ou moins rares. Plusieurs attendent avec impatience le moment fatidique où j’atteindrai la marque des 100 nouvelles espèces. En cet après-midi du 6 décembre, c’est avec particulièrement d’insistance qu’on veut savoir à combien j’en suis rendu. Je me mets donc en frais de compter les noms notés dans mon calepin. Je constate alors qu’il ne me reste plus que deux espèces à cocher pour atteindre 100. Et bientôt c’est chose faite : Calliste émeraude d’abord, puis Habia olive. Pas le choix, je dois séance tenante me rouler par terre ! Évidemment tous les objectifs sont braqués sur moi, histoire de bien immortaliser la scène, pas nécessairement gracieuse...

Sauf que, je dois le confesser maintenant, il y a eu méprise de ma part ! Ce soir-là, dans l’intimité de ma chambre, j’ai été assailli par un doute : et si dans mon empressement j’avais mal compté ? En reprenant le décompte, cette fois en y portant toute l’attention voulue, j’arrive plutôt à 89... Un nom écrit deux fois par ici, une sous-espèce comptée pour une espèce par là, et on finit par gonfler son score de 11 espèces. Onze espèces que je mettrai un peu plus de 48 heures à réunir. J’ai donc franchi le cap des 100 espèces deux jours plus tard qu’annoncé, et en toute discrétion cette fois.

Après le repas du soir, les personnes intéressées étaient conviées à une sortie non pas ornithologique, mais herpétologique. À deux pas du lodge se trouve un petit sentier aménagé spécialement pour observer la Rainette aux yeux rouges. Encore un animal dont l’exubérance des formes et des couleurs nous impressionne fortement. Les photographes s’en donnent à cœur joie, mais avec une restriction : ne pas employer le flash. Mais qu’à cela ne tienne : la lampe frontale de Serge éclaire presque comme en plein jour.

Bec-en-faucille aigle - Photo Serge BeaudetteLa journée du lendemain 7 décembre commence en grand! À peine avons-nous mis le pied dehors qu’un colibri à l’allure singulière est surpris en train de butiner dans un massif d’héliconies. Son bec recourbé fait immédiatement penser à un ermite, mais rapidement une autre hypothèse est envisagée. Serge et Jean Jacques n’osent pas se commettre avant d’avoir mieux vu l’oiseau. Mais bientôt c’est chose faite et le verdict tombe : Bec-en-faucille aigle !!! Ce sera la seule fois où l’on verra Jean Jacques sortir de sa réserve habituelle. À un membre du personnel rencontré en chemin, on annonce que son établissement est sur le point de gagner grandement en notoriété. Nous lisons l’incrédulité sur son visage, mais l’avenir nous donnera raison : le bec-en-faucille est devenu un habitué des lieux, et des observateurs du Royaume-Uni et d’Australie considèrent désormais le Celeste Mountain Lodge comme un arrêt obligé. Cette journée me vaudra par ailleurs d’autres belles coches, à commencer par un couple de Barbacous à front blanc, sortis de nulle part peu après que Jean Jacques les ait appelés, et qui, une fois apparus, n’ont plus cessé de pousser leur cri retentissant.

Le reste de notre séjour à cet endroit ne nous vaudra toutefois plus beaucoup d’ajouts. Un Colibri à épaulettes, coincé à l’intérieur des installations, nous causera quelques sueurs froides, mais finira heureusement par trouver le chemin vers la sortie.

Le 8 décembre en matinée nous reprenons la route. Pour changer complètement de région et de milieu. Nous quittons la montagne pour aller nous installer à 10m à peine au-dessus du niveau de la mer, au fond du golfe de Nicoya, sur le versant pacifique. En consultant le programme, je lis qu’une des espèces que nous devrions voir ce jour-là est le Manakin fastueux, une véritable beauté. Sans doute l’une des dix espèces qui attirent le plus l’attention lorsqu’on feuillette pour la première fois le guide des oiseaux du Costa Rica. Constatant à quel point je souhaite voir cet oiseau, une participante me demande ce que je compte faire si je le vois. Je réponds avec fanfaronnade que j’irai jusqu’à retirer ma casquette (ma casquette qui me recouvre la tête en permanence) et que je resterai ainsi « dénudé» pendant une minute et demie.

C’est à cet instant que le bus s’immobilise. À ceux qui se demandent pourquoi, on répond que c’est parce que c’est ici précisément que nous verrons le manakin... J’avoue que mes sentiments se trouvent alors partagés... Mais bientôt j’imagine une parade. Que je mets à exécution en respectant la séquence suivante : l’oiseau est repéré, je l’examine brièvement à la jumelle, je pointe ma lunette dessus, je le contemple à mon goût et puis j’annonce : « l’oiseau est dans la lunette, pour ceux et celles qui seraient intéressés... » Mes compagnons s’agglutinent aussitôt derrière la lunette. Je me place alors à l’écart et retire mon couvre-chef, sans que personne n’y prête la moindre attention, absorbés qu’ils sont tous par la contemplation du manakin.

Une autre espèce que nous verrons en chemin figurait depuis longtemps sur ma want list : l’Oedicnème bistrié. Comment ? OE- dic-nème. Il s’agit d’un très gros limicole des milieux ouverts, dont la caractéristique principale est d’être muni d’un œil disproportionné, adapté à ses mœurs nocturnes et crépusculaires.

Le site qui nous accueille pour les deux prochaines nuits s’appelle La Ensenada. L’endroit tient à la fois du lodge et du ranch. L’exubérance végétale des précédentes destinations tranche avec l’aspect vraiment très aride des lieux. On parle de forêt tropicale sèche et c’est sec en effet.

Je verrai sur le site mes premières nouvelles espèces le 9 décembre au matin. Au lever du soleil on remarque que la balustrade de la jetée, à 200m de nos chalets, est complètement recouverte d’oiseaux : Sternes royales et caugek, tournepierres, courlis et Bécasseaux du ressac. Ce dernier est une espèce que je ne pensais pas voir pendant le voyage. Pour moi qui aime les limicoles, c’est un ajout drôlement apprécié.

Nous quittons le bord de mer pour faire une petite randonnée à travers différents milieux. La chaleur devient rapidement accablante, au point où quelques participants rebroussent chemin. Je suis tenté de faire de même. Mais heureusement, nous pénétrons bientôt dans un secteur boisé qui prodigue ombre et relative fraîcheur ; et qui nous promet en outre toute une coche : l’Araponga tricaronculé, un oiseau assez gros, au corps cannelle, à la tête blanche et au bec entouré (comme son nom l’indique) de trois caroncules. Il pousse un cri parfaitement incroyable, autant par son timbre que par sa puissance, en ouvrant pour ce faire un très, mais vraiment très, large bec. L’oiseau repéré, Serge se propose pour pointer la lunette dessus ; « pour me pratiquer» dit-il. Mais à chacun sa spécialité comme on dit, et le pointage d’une lunette à visée coudée sur un oiseau perdu dans le feuillage n’est manifestement pas celle de Serge... Il s’acharne, blasphème, mais rien n’y fait. Il abandonne finalement. Je ne veux surtout pas avoir l’air du gars qui, dans la foulée, réussit du premier coup, mais c’est en gros ce qui se produit... Charité bien ordonnée commençant par soi-même, je me rince l’oeil d’abord, puis convie mes compagnons à en faire autant. Personne ne se fait prier.

Le retour vers nos chalets se fait sous un soleil de plomb. Si bien qu’en après-midi la piscine agit comme un véritable aimant. Au point où même les plus cocheurs se font tirer l’oreille pour participer à la sortie de fin de journée. Jean Jacques doit presque hausser le ton pour qu’on consente enfin à sortir de l’eau. Heureusement le soleil décline et avec lui la température. On nous amène visiter des salines, tout prêt. L’endroit est littéralement couvert de limicoles et d’échassiers. Je passe alors instantanément du mode passif au mode actif, si bien que c’est moi qui repère l’espèce que je ciblais tout particulièrement : le Pluvier de Wilson. Je souhaitais voir cette espèce depuis fort longtemps. Depuis en fait qu’un ami d’enfance l’avait observée avec ses parents en Floride, à l’hiver 1984. Je me mets ensuite à chercher une autre espèce, le Pluvier d’Azara, qui devrait se trouver sur les lieux en au moins un exemplaire. Je me dis qu’en me déplaçant d’une cinquantaine de mètres... pour ainsi disposer d’un meilleur point de vue... Mais on interrompt brusquement mes plans, en nous annonçant qu’il faut, séance tenante, quitter les salines. Autant plus tôt je ne désirais pas sortir de la piscine, autant maintenant je resterais sur place jusqu’à ce qu’il fasse complètement noir. Et pourquoi partir ? Pour aller où à cette heure ? Contempler le coucher du soleil depuis un belvédère, nous dit Jean Jacques... La belle affaire ! Je ne suis pas très content et je ronchonne un peu. Heureusement ma bonne humeur ne tardera pas à revenir. Parce que du haut du belvédère en question, on repère un couple d’Amazones à nuque d’or, qui passe en vol et que je pourrai suivre avec la lunette pendant près de deux minutes.

Nous quittons La Ensenada le 10 décembre pour migrer vers le Cerro Lodge, toujours à proximité de la mer, mais un peu plus au sud. En chemin nous faisons un crochet pour nous rendre sur la place centrale de la petite ville d’Orotina. Il s’agit d’un espace carré, de quelques centaines de mètres de côté, traversé par des allées et planté de gros arbres ornementaux. Les habitués ne se montrent guère étonnés par ce débarquement soudain de 16 touristes. Un préposé à l’entretien, à notre approche, esquisse un vague signe de la main. Il pointe l’endroit où s’est installée, pour la journée, une Chouette à lignes noires. L’oiseau chasse en forêt la nuit et se réfugie le jour dans cet endroit très fréquenté. C’est certes bruyant avec les voitures, les enfants et toute l’animation autour, mais certifié sans prédateur pour l’oiseau. Un paresseux (comme celui qui figure en page couverture de ce numéro) a également élu domicile dans ce parc.

Le Cerro Lodge, où nous nous rendons ensuite, attire plusieurs espèces, comme le magnifique et tonitruant Ara rouge, que l’on observe sur place de très près. Mais je n’y verrai au final, au terme des 48 heures que nous y passerons, que deux nouvelles espèces à vie.

Pour autant, la journée du 11 décembre sera l’une des quatre plus fructueuses du voyage pour moi. J’enregistre toutes mes coches, sauf une, dans le parc national de Carara, un site que j’avais pourtant déjà visité. Voici quelques moments forts de cette visite qui se prolonge toute la journée : la découverte d’une Chauve-souris fantôme, un chiroptère entièrement blanc ; la rencontre d’une Vipère fer-de-lance, l’un des serpents les plus craints du monde ; le nourrissage de frégates en plein vol, par le soussigné, grand lanceur de poissons devant l’Éternel ; l’observation enfin de toute une panoplie d’oiseaux normalement difficiles à voir, au moment où ils se sont succédés pour boire et se baigner dans un ruisseau reconnu pour les attirer.

Le lendemain 12 décembre est consacré à visiter un autre secteur que je connaissais déjà. C’est que le Cerro Lodge et Carara se situent à un jet de pierre de Punta Leona, où j’ai séjourné deux fois par le passé. Mais même si je rencontre, pendant cette portion du séjour, beaucoup d’espèces déjà observées – preuve que j’avais mené assez bien mes recherches à l’époque–, j’en découvre plusieurs nouvelles aussi ; à Carara, la veille, et sur le río Tárcoles, ce jour-là. C’est en effet à une petite croisière fluviale que nous sommes conviés en ce matin du 12 décembre. Je vous passe toutes les spatules, savacous, aigrettes, tantales et autres crocodiles, pour insister sur ce qui représentait des nouveautés pour moi : Onoré du Mexique, Paruline des mangroves (une sous-espèce de la Paruline jaune qui arbore une tête rouge brique) et Vanneau téro. Ce superbe limicole huppé est une récente addition à l’avifaune de la région. J’avais une bonne idée du genre d’habitat où il se rencontrerait et j’espérais bien être le premier à en repérer un. Mais Serge et Jean Jacques m’ont pris de vitesse. Il faut dire qu’un rhume de sinus, contracté à La Ensenada, m’affectait particulièrement cette journée-là.

Revenus sur la terre ferme, nous nous rendons non loin, près du défunt Tarcol Lodge, établissement à une époque très renommé auprès des observateurs québécois. Une petite section boisée en bordure immédiate de l’embouchure du fleuve accueille des espèces particulières. Nous souhaitons les cocher, mais sans trop nous attarder ; parce que la fumée âcre provenant de l’incinération de déchets, non loin, s’avère vraiment très incommodante. Nous voyons à cet endroit, par ordre d’apparition : Viréo des mangroves, Tyran du Panamá et Sourciroux mélodieux. Un arrêt précédent nous avait fait apercevoir une queue de mammifère sortant d’une cavité. J’ai aussitôt postulé qu’il s’agissait de la queue d’un kinkajou. Quelques coups frappés à la base de l’arbre par Jean Jacques ont conduit l’animal en question à sortir la tête puis la langue ! J’avais observé le kinkajou en 2004, de nuit, à la lumière d’une torche électrique ; j’étais bien content de le voir de jour cette fois-ci.

Le 13 décembre au matin nous quittons les bords du golfe de Nicoya pour nous diriger presque à l’autre bout du pays. Nous nous rendons passer deux nuits au Savegre Lodge, au cœur de la fameuse vallée de Dota.

Colibri insigne - Photo Serge BeaudetteLa route est longue. Elle nous fait, à mi-chemin du trajet, traverser la capitale, que je n’avais encore jamais vue. Nous avons alors gagné autour de 1000m par rapport au niveau de la mer. L’ascension ne fait pourtant que commencer ! Nous nous arrêtons dîner à un endroit nommé Paraiso Quetzal. Pas de quetzal en vue (pas encore), mais des abreuvoirs à colibris parmi les plus réputés du pays. En fait, et il est utile de le préciser ici, le circuit concocté par Jean Jacques inclut la plupart des meilleurs abreuvoirs à colibris du Costa Rica. Nous observons de vraiment très près les Colibris insigne, de Rivoli et flammule, pour ne citer que ceux qui s’ajoutaient à ma liste.

Après dîner, Jean Jacques fait stopper le bus devant un dépanneur. On croit qu’il sort encore acheter des cigarettes, mais c’est plutôt un sac de craquelins qu’il rapporte. « C’est pour Charlie», se contente-t-il de dire... Nous n’allions pas tarder à connaître l’identité de ce fameux Charlie ; le temps de grimper jusqu’à 3 450 mètres d’altitude.

Cerro de la Muerte. Sommet dénudé hérissé d’antennes de télécommunication. Jean Jacques s’accroupit et émiette un de ses biscuits. Aussitôt Charlie rapplique. C’est un Junco des volcans ! D’où nous nous trouvons, il est possible, par temps extrêmement clair, de voir en même temps les deux océans. Malheureusement, même s’il fait alors quand même assez beau, nous ne profitons pas des conditions optimales qui permettraient de réaliser ce tour de force. Dommage !

Nous arrivons au Savegre Lodge en fin d’après-midi, ce qui me laisse suffisamment de temps pour voir six nouvelles espèces à vie, parmi lesquelles le Percefleur ardoisé et le Pic glandivore.

De tous les lodges visités, le Savegre est mon préféré. Je m’accommode de la chaleur, mais je préfère nettement la fraîcheur. Culminant à 2 200m, la vallée de Dota jouit d’un climat frais. Pas de piscine sur place et pour cause. Plusieurs de mes compagnons ont même souffert du froid pendant la nuit, malgré la présence de dispositifs de chauffage d’appoint. Pour ma part, je n’ai sérieusement grelotté qu’au sortir de la douche, à 5h du matin.

Quand je rejoins le groupe, peu après le lever du soleil, le 14 décembre, tous arborent le coupe-vent, le cache-col, les gants et, pour plusieurs dont moi, la tuque. Café sur la terrasse, Merle de montagne et Viréo à ailes jaunes. Les gens sont fébriles. L’oiseau tant attendu les attend. Pour moi ce n’est pas une nouveauté, mais je le contemple à nouveau avec plaisir, ce fameux Quetzal resplendissant !!! La matinée s’avère au final très fructueuse, avec l’observation notamment du Cincle plongeur, un oiseau entièrement gris, mais spectaculaire par ses mœurs aquatiques, inhabituelles pour un passereau! L’après-midi, pluvieux, est beaucoup plus tranquille. On aperçoit à un moment quelques Pénélopes unicolores, mais trop brièvement pour les cocher. S’ensuit une longue attente. Plusieurs renoncent et regagnent leurs chalets. Au moment où presque tout espoir nous avait quitté, où nous nous trouvions à vrai dire un peu pathétiques d’attendre de la sorte après des chimères, les pénélopes, plus nombreuses que nous ne le pensions, sortent finalement. Dénouement heureux qui nous convainc, la pluie aidant, de rentrer à notre tour.

Le lendemain 15 décembre est le jour du retour. Avec un avion à prendre aux alentours de midi, nous devions partir de très bonne heure. Mais considérant le temps radieux qu’il faisait, qui sait ce que nous aurions encore ajouté, si nous étions restés ? À preuve, juste devant la porte du resto, quelques participants et moi parvenons à cocher nos ultimes nouveautés. Dans mon cas, le voyage se terminera sous le thème de la calotte : Grive à calotte rousse et Tohi à calotte blanche.

Au final, j’ai réussi à bien voir au cours de ce voyage 308 espèces d’oiseaux, dont 155 lifers. S’ajoutent à ce nombre une trentaine d’espèces vues trop brièvement, de trop loin ou entendues seulement. Ensemble, participants et guides cumulent 423 espèces vues et /ou entendues, soit près de la moitié de toutes les espèces d’un pays qui en compte 915. Pas mal pour un circuit de 15 jours seulement !

Mes remerciements en terminant à Serge et Jean Jacques, à Dany notre dévoué chauffeur, ainsi qu’à tous mes compagnons de voyage : Carmen, François, Sylvie, Francine, Francine, Mylène, Robert, Réjean, Denise, Louise, Lucie, France, Bernard, Richard-Pierre et Mariette.

Les photos prises pendant ce voyage (dont on voit un aperçu ici), ainsi que lors de tous ceux qu’organise Serge Beaudette, sont visibles sur son site (www.pitpitpit.com).