Ornitho au Texas

Grandes émotions, petites déceptions

Du 19 mars au 2 avril 2014, ma femme Michèle, un couple d’amis et moi avons fait le classique voyage ornithologique au Texas, la boucle San Antonio, Port Aransas, South-Padre Island, vallée du Rio Grande jusqu'à Laredo et retour à San Antonio, c’est-à-dire le centre sud de cet immense état.

Je ne vous ferai pas ici le récit exhaustif de chacune de nos étapes ni vous dresserai la liste de nos observations (sachez cependant que ma liste d'observations à vie a vraiment grossi) mais je vais tâcher de vous donner les impressions que j'ai eues dans ce voyage.

Je m’étais fait une idée des paysages que nous allions voir par quelques lectures et, en grande partie par des films se déroulant dans cette Amérique semi-aride.  Si l’essentiel des territoires traversés est bien, comme je m’y attendais, couvert d'arbustes épineux et de cactus, parsemé de quelques ilots d’arbres, essentiellement des mesquites et d’une espèce locale de chênes, il n’y avait point de ces falaises de grès bistre que je m’imaginais suivre.  Non, si ce n’est des collines au voisinage nord de San Antonio, le terrain est plat ou à peine ondulé.  Alors, vous pouvez imaginer que cheminer dans les parcs se fait sous le soleil, et celui-ci peut être très fort; il faut s’en protéger.  Ce paysage monotone est cependant égayé au printemps de nombreuses fleurs, petites mais très colorées à l’exception de l’énorme fleur de thuya.

Gaillarde jolie (<em>Gaillaria puchella</em>) - Photo Claude Ducrot  Fleur de thuya - Photo Claude Ducrot 
Gaillarde jolie (Gaillardia puchella) - Photo Claude Ducrot Fleur de thuya - Photo Claude Ducrot

La végétation doit être résistante à la sécheresse, car il n’y a guère d’eau; on ne traverse que les lits asséchés de ruisseaux qui ne doivent s’écouler qu’après les orages. Mais, quand on parle de résistance, elle peut être extrême.  Dans le Goose Island State Park, s’élève un chêne local, Quercus virginiana, le Big Tree, un des plus grands arbres des États-Unis; s’il ne fait que 13,4 mètres de haut, sa couronne s’étale sur plus de 27 mètres, son tronc à un diamètre de 3,5 mètres et une circonférence de près de 11 mètres, mais surtout il a plus de 1000 ans.  Il a survécu à quelques 40 à 50 ouragans majeurs, à des inondations, des sécheresses et des feux de brousse.  Je ne dirai plus jamais que je me sens vieux.

Le Big Tree - Photo Claude Ducrot

Le Big Tree - Photo Claude Ducrot

Pas très loin de cet ancêtre, nous avons eu la grande joie d’observer 10 des 250 Grues blanches qui existent encore en Amérique. Y-a-t’il quelque chose de spécial dans l’air qui permet la survivance?

Nos marches à travers les grands parcs nous ont permis de voir bien des espèces d’oiseaux.  Les parcs fédéraux et d’état entretiennent des postes d’alimentation où il est aisé de faire de belles observations; nous avons découvert ainsi l’Ortalide chacamel, le Bihoreau violacé, le Cardinal pyrrhuloxia, le Geai vert au plumage si coloré, l’Oriole à gros bec, le Moucherolle noir, la mignonne Mésange à plumet noir, les Moqueurs à bec courbe et à long bec, le Tohi olive.  Par contre, le long des sentiers, il faut être patient et vigilant pour découvrir les oiseaux; on y a quasiment rencontré autant de membres de la « Border Patrol ».  La vastitude des lieux, le soleil, le vent incessant y sont sûrement pour quelque chose.  Néanmoins, nous avons admiré à loisir l’Auripare verdin, le Moucherolle vermillon, le Colin de Virginie, les Bruants à joues marron, de Cassin, de Lincoln, de Henslow.  Nous avons eu droit aux courses des Grands Géocoucous.  Le Tyran à longue queue nous a ravis par son élégance et par la grâce de son vol nuptial fait de flèches vers le ciel et de plongeons abrupts.  Les Tyrans de Couch et quiquivi étaient des habitués des lignes électriques.  Un Oriole de Bullock et un Troglodyte des cactus se sont laissé admirer le long d’une petite route.  Nous avons aussi surpris un groupe de Pécaris à collier (Pecari tajacu angulatus) qui profitaient du gazon entre des tables de pique-nique.

La côte du golfe est bien sûr occupée par des développements balnéaires et par des raffineries pétrolières.  Mais une grande partie de la côte, notamment le très long cordon littoral, est préservée dans une série de parcs fédéraux, d’états ou municipaux.  Malheureusement, nous avons visité ces lieux lors des quelques journées froides, pluvieuses et surtout extrêmement venteuses de notre périple.  Si la facilité d’observation s’en est ressentie, nous avons tout de même pu admirer la Sarcelle cannelle, l’Avocette et l’Échasse d’Amérique, le Courlis à long bec, toutes les espèces d’Aigrettes dont la roussâtre exécutant son exubérante danse, le Pluvier de Wilson, la Spatule rosée et quantité d’autres limicoles et sauvagines, beaucoup de rapaces aussi comme le Caracara du Nord, les Buses de Swainson, de Harris, à queue blanche.  Cependant, le site le plus étonnant de cet environnement se trouva au « Convention Center » de South Padre Island où nous avons observé le plus grand nombre de parulines de notre voyage dont les Parulines hochequeue, à capuchon, du Kentucky, orangée, etc., le Viréo à gorge jaune, l’Oriole des vergers et autres passereaux.  Ce site, en bordure de la lagune, entre la route et le marais, entoure d’une étroite ceinture paysagée d’arbustes à fleurs l’énorme bâtiment du centre; pourtant, c’est un lieu fameux d’arrivage des passereaux migrateurs.

Le long du Rio Grande (appelé Rio Bravo au Mexique), à l'aval, toutes les localités se rejoignent dans une agglomération continue avec, au travers de nombreux parcs.  En remontant le fleuve, frontière avec le Mexique, la densité de la population diminue jusqu’à l’importante ville de Laredo.  L’occupation humaine de cette vallée n’est pas ce qui laisse un souvenir impérissable.  On passe de villes sans urbanisation le long des axes principaux à des villages sans âme qui n’ont pas su, ou à peine, entretenir leur vieux quartier pourtant témoin d’une riche histoire.  Si le Rio Grande a un nom romantique et une importance historique, politique et sociale, géographiquement on ne peut le considérer comme un fleuve important que parce qu’il est le cours d’eau majeur de cette vaste région formée du Texas central et du nord-est du Mexique.  J’avais entendu parler du caractère tropical de sa vallée; il faut là aussi nuancer le propos.  La végétation de la vallée est plus variée et plus dense que dans la plaine environnante mais elle reste une végétation de pays sec et n’a pas la luxuriance qu’on pourrait imaginer en lisant le terme « tropical ».

">Le Rio Grande - Photo Michèle DuBerger

Le Rio Grande - Photo Michèle DuBerger

Il faut souligner une initiative environnementale qui s’étale le long du Rio Grande, depuis South Padre Island près de l’embouchure jusqu’à Falcon Dam, le Valley Land Fund (VLF).  Depuis 1987, le VLF a travaillé en partenariat avec des organismes publics, des propriétaires privés et des groupes pour faciliter la protection de plus de 8,000 acres via des dons, des achats ou des droits de passage.  Nous avons visité plusieurs sites gérés par le VLF, certains pas plus grands qu’une cour de bungalow, d’autres très vastes.  Ces parcs ont souvent conservé des arbres autour de points d’eau qui attirent bien des oiseaux.

Contrairement aux agglomérations du Rio Grande, la ville de San Antonio est très agréable.  Sa très longue promenade tout en méandres le long de la rivière qui la traverse et lui a donné son nom est très prisée de ses habitants et des touristes.  Si certaines portions sont très achalandées avec des restaurants, des hôtels et commerces, plusieurs zones calmes nous ont permis d’observer l’Hirondelle à front brun, la Tourterelle à ailes blanches et la Colombe inca.  Un très long parc linéaire relie les vestiges de quatre missions espagnoles à l’origine du peuplement européen de cette contrée.  La dernière, au cœur de la ville, est Alamo, lieu d’une célèbre bataille dans une des guerres entre les États-Unis et le Mexique.  Dans les collines au nord de San Antonio, nous espérions voir des champs de Blue Bonnets, l’emblème floral du Texas.  Nous avons bien fait de photographier le parterre de ces belles fleurs dans le jardin botanique de la ville, car dans les collines point de Blue Bonnets.  Nous avons tout de même visité quelques parcs très agréables au milieu des développements domiciliaires de luxe mais qui ne nous ont offert que le Geai buissonnier comme oiseau que nous ne connaissons pas chez nous.

">Blue Bonnets, l'emblème floral du Texas - Photo Michèle DuBerger

Blue Bonnets, l'emblème floral du Texas - Photo Michèle DuBerger

Malgré les très nombreuses espèces d’oiseaux vues, nous n’avons observé que peu d’espèces d’orioles (trois sur six possibles), aucun Martin-pêcheur alors qu’on était susceptible d’en voir au moins trois espèces, pas d’élanion, ni de milan, et, hormis le Petit-duc maculé, aucun strigidé.  Est-ce que ces absences seront une raison suffisante pour retourner dans cette partie du Texas?  C’est à voir.