L’Isle-aux-Grues

Excursion du 16 au 18 mai 2009

Nous avions rendez-vous au milieu du fleuve, avec des milliers d’oies des neiges, mais aussi avec tous les oiseaux du printemps qui voudraient se laisser voir.

Le temps était beau et frais en ce samedi 16 mai. Monique Hénaut, l’organisatrice de cette excursion, m’avait bien avisée d’être sur le quai de Montmagny avant 10 h, pour espérer prendre le traversier de 11 h. Le traversier est le principal moyen de transport pour se rendre à l’Isle-aux-Grues, et encore seulement à marée haute. On peut aussi prendre le taxi, comme le font tout l’hiver les enfants pour se rendre à l’école et en revenir, mais ce n’était pas à portée de notre bourse. Le taxi, pour les insulaires, c’est l’avion. Je suis arrivée à la dernière minute, provoquant quelques frissons bien involontaires à mes collègues. Première bonne surprise, nous avons réussi à traverser avec le bateau de 10 h.

Quelques Oies des neiges - Photo Luc LabergeAprès avoir déposé les bagages à l’Auberge de l’Oie Blanche, où nous logions très confortablement, nous voilà déjà partis en quête des premières observations sur la grève, tout près de la route. L’auberge, tout comme la majorité des maisons, est située le long de la rive nord. On dit que par mauvais temps, c’est la partie de l’île la mieux abritée. En plus des Oies blanches, nous avons vu des Bernaches du Canada, des Canards chipeaux, des Canards noirs, des Canards colverts, une dizaine de Sarcelles d’hiver, un Grand Héron, des Pluviers semipalmés, plusieurs Pluviers kildir dans le parterre du voisin, de nombreux Bécasseaux minuscules qui se déplaçaient à tire d’aile en masse plutôt compacte au ras de l’eau.

La salle à manger de l’auberge éclairée de grandes fenêtres nous donne une vue sur le fleuve et sur deux magnifiques Canards pilets. Après le dîner, succulent et généreux à souhait, Monique nous guide dans un boisé, à la recherche d’un hibou. De grosses boulettes de régurgitation au pied des grands pins témoignent de la présence d’un gros rapace. Avec mes mains gantées, j’en explore une. Des poils gris, des griffes et, quelque chose de dur au centre. Oh, un petit crâne tout bien nettoyé. S’agit-il des restes du repas d’un Grand Duc? Malheureusement, nous ne verrons que l’ombre d’un gros oiseau fuyant notre présence. Tout autour de nous, s’étalent des trilles rouges à profusion, quelques trilles ondulés et du chou puant à perte de vue.

Les excursionistes - Photo Luc Laberge Déjà le ciel est nuageux. Il faut se hâter de profiter du temps sec avant la pluie annoncée pour la fin de la journée. De retour sur la grève, Luc lance : « Il y a un rapace en vol au fil de l’eau ». Je l’ai suivi avec mes jumelles. Voyant nettement le croupion blanc, je précise : « C’est un Busard Saint-Martin ». J’aime bien le travail d’équipe au sein d’un petit groupe d’observateurs. Ça me donne l’impression d’avoir des yeux tout le tour de la tête.

Finalement la pluie n’arrive qu’en fin d’après-midi, à l’heure de l’apéritif, au moment où on procède au décompte des espèces vues et entendues. En plus de celles déjà mentionnées, nous avons observé des Goélands à bec cerclé, des Tourterelles tristes, des Pics mineurs, des Pics chevelus (mâle et femelle), des corneilles, des Merles d’Amérique, des étourneaux, des Bruants des prés, des Bruants chanteurs, des Bruants à gorge blanche, un Bruant à couronne blanche, des Canards souchets, une oie en forme sombre, la Grive solitaire, le Tarin des pins, des Carouges à épaulettes, des Quiscales bronzés, des Vachers à tête brune, des Chardonnerets jaunes et des Parulines à croupion jaune dans l’herbe derrière l’auberge. De loin, on aurait dit des pissenlits sautillants. Parmi les nombreuses Hirondelles bicolores qui donnent la chasse aux insectes, une Hirondelle rustique. Dans un étang, un canard hybride colvert et Canard noir en plumage nuptial. Tout près de l’auberge, un moineau se nourrit dans une mangeoire. Un moineau? Mais oui, cet habitué des villes est venu prendre l’air du fleuve.

Les Oies des neiges se rassemblent - Photo Luc LabergeLa discussion de la soirée tourne autour de la possibilité de se rendre très tôt le lendemain matin à la Pointe des Pins à la recherche de parulines et autres volatiles matinaux avant même le petit déjeuner. Il faut décider si l’on souhaite se lever à 6 h ou non. Personnellement, j’ai du mal à me lever tôt, ce qui est bien embêtant quand on aime les oiseaux, je le reconnais. S’il faut en plus affronter la pluie le ventre vide ! Puis je me rappelle une sortie ratée lors d’un séjour à l’Île-aux-Basques il y a quelques années. Incapable de m’arracher à la tiédeur de mon sac de couchage, j’étais alors restée au lit plutôt que d’affronter la pluie. Je me souviens encore de mon dépit lorsque mes comparses étaient revenus les yeux brillants et la langue bien déliée pour raconter en détail leurs observations merveilleuses. Bon, d’accord, s’il n’y a qu’un crachin, je me lèverai. Patiemment, Francine Allaire note les souhaits de chacun pour savoir qui réveiller le lendemain. Pluie, non; crachin, peut-être. Pour Sylvie, il faudrait que le crachin soit très léger. Et Francine poursuit sa collecte, crachin, léger crachin, très léger crachin Le lendemain matin, aux aurores, la décision est facile à prendre. Le paysage est détrempé, mais la pluie a cessé. La chance est une fois de plus de notre côté.

Quelle joie de parcourir les sentiers humides de la Pointe des Pins, émerveillés devant les Tyrans tritri, des parulines, dont celle à poitrine baie, la bleue et même la Paruline des ruisseaux qui a suscité beaucoup de discussions le soir venu. Y en avait-il une ou deux? À l’aller, elle était dans le ruisseau à la gauche du sentier; au retour, de l’autre côté. A-t-elle eu l’audace de le traverser ? Après d’âpres discussions, comme c’est la période nuptiale, on vote pour deux. Et la liste des parulines s’allonge : Paruline noir et blanc, celle à joues grises, à flancs marron puis à tête cendrée.

Après le petit déjeuner, nous partons à l’Île-aux-Oies, qui est dans le prolongement de l’Isle-aux-Grues, là où Jean-Paul Riopelle a terminé ses jours au manoir McPherson. Des oies, des oies et encore des oies. Si nous en avons compté 3 000 la veille, nous nous accordons pour en dénombrer 4000. Jean-Paul Riopelle ne manquait pas de modèles pour peindre son Hommage à Rosa Luxembourg.

La batture - Photo Luc LabergeAu cours du dîner, les gens du village nous recommandent d’aller stationner les voitures dès le début de l’après-midi en file d’attente pour nous assurer une place sur le traversier du lendemain matin. Cette longue fin de semaine de la Fête des Patriotes a attiré beaucoup de visiteurs sur l’île et la plupart d’entre nous devons retourner en ville et nous ne pouvons pas ajouter une journée supplémentaire à notre séjour. Luc Laberge, qui loge tout près du quai, choisit de garder sa voiture. Il transportera aimablement tout le monde au cours de l’après-midi. Malgré le vent fort et frais, nous allons sur la batture dans l’espoir de surprendre le Hibou des marais. Peine perdue, il est resté caché.

De retour à Montmagny le lendemain matin, nous nous rendons à un marais en quête de nouvelles observations : des Canards souchets, des Sarcelles à ailes bleues, des Grèbes à bec bigarré, une Paruline jaune. Puis, au moment où l’on croit que le spectacle est terminé, tout là haut, deux gros rapaces se chamaillent. Un jeune Pygargue à tête blanche houspille un Aigle royal.

Quelle belle fin de semaine nous avons passé à jouer les insulaires. L’auberge de l’Oie blanche, aux allures d’ancien motel, est confortable et l’accueil, chaleureux. La table est savoureuse et les portions très généreuses. Au sein de notre groupe, se trouvaient une végétarienne et une intolérante au gluten. Traitées toutes les deux aux petits oignons, elle ont été surprises de constater que leur assiette suscitait souvent l’envie des autres personnes du groupe, qui pourtant n’étaient pas en reste.

Merci à Monique Hénaut, cette amoureuse de l’Isle-aux-Grues, qui nous a fait découvrir ses plus beaux coins.

Lucie Chartrand