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Joyeuses Fêtes

Les oiseaux de Buenos Aires: du connu et de belles surprises

Buenos Aires est une ville que je connais bien. J'y suis allé à de nombreuses reprises, souvent lors de séjours de plusieurs mois. C'est la capitale culturelle de l'Amérique latine, réputée pour son impressionnante architecture européenne, ses riches musées et ses nombreux cafés qui datent de l'époque dorée de ce pays. Mais les porteños ont aussi la chance de disposer de très beaux parcs urbains et surtout d'une immense réserve écologique de 350 hectares qui borde la ville, sur la rive du Rio de la Plata. Un des clubs d'ornithologues locaux se consacre à y faire des recensements réguliers, une ou deux fois par mois. Dans ce seul endroit, la Reserva ecologica de la Costanera Sur, on a déjà recensé plus de 300 espèces, incluant migrateurs et nicheurs. On y trouve un éventail d'espèces qui semblent parfois familières, mais qui peuvent aussi apporter un lot de surprises pour l'observateur québécois. Voici un aperçu non scientifique et non exhaustif de la richesse aviaire de la RECS, acronyme de la réserve.

Les familiers indésirables: Moineau, étourneau, pigeon domestique sont incontournables, ici comme en bien d'autres endroits du monde. Ces espèces ont également été introduites ici, à peu près à la même époque qu'elles ont fait leur apparition en Amérique du nord. Les populations de moineaux sont en déclin ici, comme chez nous, donnant un peu de répit aux espèces locales préférées des ornithologues, comme le chardonneret de Magellan, réputé pour son chant mélodieux et les autres petits passereaux locaux.

Les familles nombreuses: Dans la réserve, on retrouve logiquement la plupart des grandes familles d'oiseaux présentes dans le pays, familles que l'on retrouve pour la plupart au Québec. Voici un aperçu du nombre approximatif d'espèces qui représentent les familles les plus abondantes observées ici.

  • Les anatidés: 20 espèces, dont le coscoroba, tout blanc, à mi-chemin entre cygne et oie et les colorés dendrocygnes.
  • Les tyrannidés: 20 espèces. Dans toute l'Argentine, on en compte environ 130 espèces.
  • Les accipitridés: 15 espèces, dont quelques espèces de magnifiques milans et la familière buse de Harris que l'on peut observer même dans les parcs de la ville de Buenos Aires.
  • Les rallidés: 13 espèces, incluant la très cosmopolite gallinule poule-d'eau.
  • Les cuculidés: 10 espèces, dont le tout échevelé guira cantara.
  • Les psittacidés: 9 espèces. Comme dans toute la ville de Buenos Aires, de grosses bandes de perroquets survolent le ciel de la réserve à tout moment. À noter que la plupart des espèces de perroquets se sont établies ici depuis quelques décennies seulement.
  • Les ardéidés. 8 espèces. Parmi celles-ci, on retrouve nos aigrettes (grande, neigeuse et héron garde-bœufs) et notre bihoreau.

Onoré rayé
Onoré rayé

Guira cantara
Guira cantara

Les nôtres: Il y a ceux qui émigrent depuis l'Amérique du nord jusqu'en Amérique du sud, peu nombreux. Mais il y a aussi des espèces que l'on retrouve chez nous et qui sont cosmopolites. Citons, parmi ceux qui nous sont familiers: épervier brun, bihoreau, grand héron, troglodyte familier, grand-duc, grèbe à bec bigarré, faucon pèlerin, viréo aux yeux rouges. Ce viréo niche ici, dans le centre de l'Argentine, mais il migre vers le nord durant l'hiver austral, parfois jusqu'au bassin amazonien, où des individus d'Amérique du nord migrent aussi, mais durant l'hiver boréal. On observe également l'hirondelle rustique qui était autrefois un migrateur venu d'Amérique du nord, mais qui s'est récemment installée comme nicheuse dans la région de Buenos Aires.

Les proches cousins: On retrouve des espèces très voisines de certains de nos oiseaux familiers. Un oiseau abondant en Argentine, très semblable à notre merle, est le Merle à ventre roux. Ses couleurs et son chant nous sont familiers. Un autre passereau qui nous semble immédiatement familier est le bruant chingolo, appelé tout simplement chingolo ici. À noter que le vocable chingolo était utilisé autrefois pour désigner notre bruant à gorge blanche. Ces deux bruants appartiennent au genre zonotrichia. De son côté, le pic vert et noir ressemble à notre pic flamboyant, autant par sa coloration que par son chant et son comportement. Plusieurs autres espèces nous rappellent nos oiseaux locaux, comme les colibris, les martins-pêcheurs, les gobe-moucherons, et bien d'autres.

Les "trop mignons": On ne se lasse pas d'observer certains petits passereaux, vivement colorés. Parmi les plus populaires, il y a le carouge à tête rouge, le paroare huppé (le cardinal local), les tangaras (fourchu, sayaca, à dos noir), le piranga orangé, le moucherolle vermillon et plusieurs autres espèces. Parmi les nombreuses espèces de canards qui élèvent leurs petits dans la réserve, il y en a de très photogéniques, comme le canard à collier noir, le canard des Bahamas et la sarcelle bariolée.

Carouge à tête rouge
Carouge à tête rouge

Chipiu roiroux
Chipiu roiroux

Tangara fourchu
Tangara fourchu

Paroare huppé
Paroare huppé

Canard à collier noir
Canard à collier noir

Les "pestes" qu'on aime: On retrouve dans la réserve costanera sur, comme dans toute la région d'ailleurs, certaines espèces très nombreuses et omniprésentes, qui ont parfois le défaut de trop attirer l'attention. Certaines de ces espèces se déplacent en bandes nombreuses et elles envahissent souvent les parcs de la ville. Ce sont des espèces abondantes et très visibles, comme le très bavard tyran quiquivi, le spectaculaire caracara huppé, le vanneau téro, et plusieurs espèces de perroquets, comme les touis, la conure nanday et l'omniprésente conure veuve. Le passage des bandes de perroquets enterre souvent le chant des espèces moins criardes que l'on essaie d'identifier.

Conure nanday
Conure nanday

Les remarquables: Le fournier roux est une grive qui construit un nid énorme en forme de four et qui marche en dansant. Ce turdidé est aussi l'emblème aviaire de l'Argentine. Le nid, une fois abandonné par le fournier, est réutilisé par différentes espèces.
Le vacher à ailes baies: ce petit vacher ne fait plus partie du genre molothrus, comme notre vacher local, dont il n'a pas non plus le comportement parasite. Ce vacher a la particularité d'effectuer des concerts de groupe, alors que chacun y va de ses notes mélodieuses. Son nom espagnol signifie d'ailleurs vacher musicien.
Le jacana noir, omniprésent dans les marais sud-américains,
Le courlan brun, espèce caractéristique de la réserve,
La spatule rosée, spectaculaire et immanquable lorsqu'elle survole les étangs de la réserve,
Le tyran des savanes, à la longue queue fourchue, est surtout observé en migration automnale, au mois d'avril.

Jacana noir
Jacana noir

Spatule rosée
Spatule rosée

Tyran des savanes
Tyran des savanes

Courlan brun
Courlan brun

Les hors normes: Le kamichi à collier est un gros oiseau, à la voix puissante (son nom anglais est "screamer"), régulier dans les marais de la réserve. Il a la particularité de posséder de petits éperons sur les ailes,
L'anhinga d'Amérique ne passe pas inaperçu lorsqu'il se fait sécher sur une branche,
Le milan des marais et le jabiru d'Amérique comptent également parmi les oiseaux qui attirent l'attention, autant des ornithologues que des nombreux marcheurs et cyclistes qui fréquentent la réserve.

Kamichi à collier
Kamichi à collier

Les hivernants: Étant donné la douceur du climat porteño, on y retrouve durant l'hiver austral, de mai à septembre, des espèces qui ont niché dans le sud de l'Argentine, principalement en Patagonie. Par exemple, on y observera un joli petit moucherolle presque tout blanc, le pépoaza irupéro, appelé localement la veuve blanche. Durant les mois plus froids, on observera également le gaucho argentin, le tangara à dos noir, le synallaxe vannier et la mouette à tête grise.

Les rares et les absents: Faute d'habitats propices, les limicoles sont pratiquement absents de la réserve écologique. Cependant, pour l'observateur qui voudrait retrouver nos bécasseaux, pluviers ou chevaliers, il y a quelques bons sites d'observation dans le pays, entre autres au lac saumâtre de Mar Chiquita dans la province de Cordoba et dans l'immense bassin marécageux des Esteros del Ibera, dans le nord-est du pays.
D'autres groupes sont à peu près absents ici également, comme dans la majorité de l'Amérique du sud: les mésanges et les sittelles en sont des exemples. Ces insectivores sont remplacés par les grimpars entre autres.
De façon étonnante, les laridés, goélands et sternes, sont relativement rares, même si la réserve se trouve dans un environnement aquatique. À l'occasion, on observe quelques espèces, comme le goéland dominicain et la mouette de Patagonie. Le cygne à cou noir, autrefois régulier dans la réserve, est maintenant rarement observé.

Pour en savoir plus:    Coarecs: https://www.facebook.com/grupocoarecs/?fref=tsAves
Aves Argentinas (association fondée en 1916): www.avesargentinas.org.ar

Les photos ont toutes été prises dans la réserve par J. Simòn Tagtachian, responsable des recensements d'oiseaux de la réserve.