Fin de semaine à La Huardière : Le Centre écologique de l’UQAM
par Jocelyne Camirand

En ce beau vendredi d’un été caniculaire, nous sommes 18 membres de la SBM à débarquer à l’auberge La huardière pour la fin de semaine du 3 au 5 août. L’auberge, située près de Saint-Michel-des-Saints, n’est pas un gîte comme les autres ; c’est le Centre écologique de l’UQAM offrant diverses activités pédagogiques et cours sur le terrain à ses étudiants. À l’arrivée, nous sommes séduits par la beauté du site : un grand lac, le lac Lusignan, parsemé d’îlets et entouré de montagnes, une nature sauvage, quelques chalets à peine visibles.
Notre hôte nous y attend déjà, c’est Daniel Rivest du département des Sciences biologiques de l’UQAM et aussi membre de la SBM. Pour ce séjour, Daniel nous a préparé tout un menu d’activités : des excursions de botanique, d’ornithologie, bien sûr. Mais en plus, il nous offre de nous initier à quelques-unes des formations qu’il donne habituellement aux étudiants. Ce sera pour nous une expérience unique : participer à des ateliers de niveau universitaire (une version allégée, bien sûr) dans un site enchanteur, avec un accès aux laboratoires bien équipés.
Voici quelques souvenirs de cette superbe fin de semaine qui nous a permis d’apprendre et de partager nos passions pour différents aspects de la nature.

Les deux pieds dans l’eau, une initiation à l’écologie de ce beau lac

Dans un premier atelier, Daniel nous a expliqué les relations entre ce beau lac et son environnement. Comment, par exemple, la couleur sombre et la qualité de son eau sont liées à la qualité du sol de son bassin versant, à la présence des conifères, au type de roches des montagnes environnantes, aux précipitations acides, aux polluants, etc. Daniel nous en a fait un récit accessible et fascinant tout en nous transmettant une information scientifique : nous savons désormais ce qu’est un bassin versant et même comment on le mesure ! En l’espace de moins d’une heure nous nous sommes transformés en étudiants attentifs et curieux !
Pour la partie pratique de l’atelier, chacun a mis des cuissardes, de grandes bottes montant jusqu’à la poitrine. Mission : récolter des échantillons au bord de l’eau. Évidemment en soi, c’était une partie de plaisir de marcher avec de telles bottes ! Et avec nos instruments scientifiques dont les filets nommés « kick », de recueillir un peu de tout au gré de nos envies. À cette étape, je n’imaginais pas les trésors que renfermaient nos épuisettes (larves d’insectes aquatiques, zooplancton, phytoplancton, benthos).

La beauté des micro-organismes

De retour au labo, j’ai découvert la beauté des micro-organismes que nous avions récoltés. Une révélation pour moi. Grâce à la loupe binoculaire, j’ai pu voir ces organismes invisibles à l’œil nu : les organes orange d’un zooplancton transparent et ses longues antennes (un copépode) ; un autre avec un saphir unique en guise d’œil (le bien nommé cyclope). Que de beauté dans une seule goutte d’eau !

Nous avons aussi fait un test de laboratoire : comparer l’alcalinité de l’eau du lac à celle de Montréal. Amusant et instructif. En amateur, notre petite équipe a un peu mélangé les échantillons… et notre expérience a été un fiasco ! Mais nous avons compris que la science, c’est rigoureux !

En cuissardes à La Huardière pour échantillonner.

Des sentiers aux binoculaires : atelier botanique

La sortie de botanique aux alentours du centre s’est aussi terminée au laboratoire. Elle était dirigée par Liliane et Claire de la SBM. Pour nous Montréalais, les environs offraient des milieux différents : une forêt où dominent les conifères, la sapinière à Bouleaux blancs avec des parcelles de coupe forestière, d’autres en régénération, le milieu aquatique, le rivage. Différentes plantes aquatiques, de rivage, forestières ou de bord de chemin ont pu être observées, mentionnons : la Lobélie de Dortmann, le Faux-nymphéa à feuilles cordées, la Dièreville chèvrefeuille, l’Épinette noire et l’Érable à épis. Les listes complètes des observations pour la botanique et l’ornithologie sont disponibles sur le site internet de la SBM.
Pour certains d’entre nous, le coup de cœur de cette fin de semaine aura été d’observer aux binoculaires la beauté des lichens magnifiés ou les sores, fructification des fougères.

Mieux comprendre la forêt

C’est aussi en pleine nature que Daniel nous a amenés pour un second atelier, portant sur la microbiologie environnementale. Son but : nous initier aux relations existant dans l’écosystème et au rôle des micro-organismes. La décomposition de la matière organique (d’une feuille dans la forêt, par exemple) illustre bien ce processus et l’importance des micro-organismes qui décomposent et créent des nutriments utiles à tout l’écosystème, dont l’humain. L’excursion nous a permis de comprendre différents types de relations : relation de symbiose, par exemple entre les racines des arbres et les mycorhizes (ou les rhizobiums avec les légumineuses, ou encore les frankia fixés aux racines de certains arbustes) ; et le parasitisme (ex. : les parasites des arbres, les « balais de sorcières »). Nous avons senti l’odeur de la terre (petrichor), discuté du mycélium des champignons, observé des lichens et prélevé des échantillons dans la mousse de sphaigne. C’est de retour au laboratoire que j’ai compris ce qu’était la microfaune vivant dans le sol. Sous la loupe, dans une seule goutte d’eau une foule de micro-organismes s’agitait comme sur une autoroute. Sans parler du charmant tardigrade surnommé en anglais «water bear» en raison de apparence d’ourson. Coup de cœur garanti !

De la passion et beaucoup de champignons !

Au hasard des différentes activités et des temps libres, nous avons eu l’occasion de partager nos passions pour différents aspects de la nature, et ce, dans une atmosphère détendue (avec feux de camp et guimauves).
Ainsi, nous avons vite découvert que les champignons avaient poussé… comme des champignons. En particulier de curieux et volumineux champignons orange (la Dermatose des russules). Certains participants du groupe étant férus de mycologie, la curiosité et l’enthousiasme sont vite devenus contagieux. On a même fait des sporées dans un coin de la salle à dîner. Et plusieurs d’entre nous sont repartis avec un petit sac de champignons, et peut-être une nouvelle passion. Pour ma part, j’ai fait une délicieuse cueillette (Dermatoses des russules et Bolets à pied glabrescent).
D’autres ont partagé avec nous leur passion pour les insectes ou les lichens, la photo. Évidemment la botanique et l’ornithologie étaient au cœur des activités.

Tôt le matin : nous sommes aux oiseaux

Chaque jour six heures du matin, c’est le départ de la sortie ornitho pour ceux qui le désirent. Ces sorties avant le déjeuner étaient guidées par Béatrice et huguette de la SBM. Le premier matin, les oiseaux se laissaient deviner dans la brume matinale près du lac. Mais l’atmosphère était magique : des centaines de toiles d’araignées étaient rendues visibles par la rosée. Les insectes et les champignons ont attirés notre attention.
Le second matin était plus propice à l’observation. On a pu constater que la migration d’automne était déjà commencée en ce début d’août, et les parulines, dans leur déroutant plumage d’automne.
Au total 41 espèces ont été observées durant la fin de semaine avec un bon passage de 13 espèces de parulines : couronnée, des ruisseaux, à collier, à poitrine baie et plus encore. Grâce aux abreuvoirs installés expressément pour nous, les colibris nous tenaient souvent compagnie et s’alimentaient frénétiquement à la buvette.

Une rencontre impressionnante avec les huards

Pour ma part, j’ai profité d’un temps libre pour partir en solitaire explorer cet immense lac en kayak.
J’y ai rencontré un couple de Plongeon huard. L’un pêchait et l’autre, beaucoup plus loin, surveillait un jeune tout brun. J’ai pu m’approcher assez bien de l’adulte pêcheur (je n’avais pas mes jumelles). Mais quand j’ai voulu m’approcher très progressivement de l’autre et du jeune, même si j’étais assez loin, j’ai eu droit à tout un spectacle. L’adulte qui surveillait s’est alors élevé à la verticale, le torse bombé et m’a fait tout un numéro en courant à fleur d’eau, en battant des ailes et en criant. Il s’éloignait du jeune à toute vitesse, son but étant évidemment de m’éloigner, moi, du jeune. Et effectivement j’ai été tellement obnubilée par le spectacle que je n’ai pas vu le jeune filer en douce. Les deux adultes se sont ensuite rejoints en me contournant et se sont mis à crier à tout rompre : le message était clair ! Je suis partie en m’excusant de les avoir dérangés. Et en espérant ne pas avoir mis en danger l’unique rejeton du couple.

Beaucoup plus loin, dans une autre portion du lac, un autre couple nageait. Je ne les ai pas dérangés. Le soir autour du feu, on entendait le cri des huards qui résonnait en écho sur le lac calme. Un cri un peu inquiétant. L’auberge La huardière porte bien son nom.

Au retour : le bilan d’une expérience emballante

Je suis revenue de ce séjour avec des coups de cœur, comme plusieurs d’entre nous. Et avec le goût d’en apprendre plus et de replonger dans mes livres. Ce sera peut-être le début de nouvelles passions pour certains. Nous avons appris beaucoup durant ce séjour. Et j’ai vite compris qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre !
Cette fin de semaine était une première pour la SBM à La huardière et ce fut un franc succès. Nous avons été privilégiés d’y participer. Nous avons pu bénéficier d’un site exceptionnel par sa beauté et par l’accès aux ressources universitaires, grâce à la collaboration entre l’UQAM et la SBM. Espérons que d’autres expériences aussi enrichissantes suivront. Si oui, on y retourne !
On ne peut que remercier les organisateurs de ce séjour. D’abord Daniel Rivest pour son accueil et sa générosité : Merci pour le tour de ponton sur le lac au coucher du soleil !
Merci également à la direction de l’UQÀM et aux organisatrices de la SBM et guides pour les activités : huguette Longpré, Béatrice Bellocq, Liliane Tessier et Claire Picotte.

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